Qui suis-je ?

 

 

Si je dois me décrire par des adjectifs ?

 

Altruiste - Autonome – Créatrice – Curieuse – Débrouillarde – Déterminée - Empathique - Fière – Imparfaite - Impatiente - Imprévue – Indépendante - Instable - Intrépide - Juste – Libre – Nomade - Persévérante – Pragmatique - Rêveuse - Sensible – Sociable et solitaire à la fois - Stressée - Tenace...

Et je rajouterai une qualification de mon mari « chieuse » !!! J’avoue que parfois je me demande si c’est une offense ou un compliment ? MDR, car bien évidemment je ne pense pas une seule seconde l’être ! 

D'où la caméléone, pseudo du blog que j'ai choisi pour me décrire ici!!! A ne pas confondre avec les caméléons politiques sans scrupules. Le caméléon ici est l'animal solitaire, lent (vous allez vous apercevoir que parfois je mets un temps fou pour comprendre les choses), mais ce que j'aime surtout c'est sa faculté d'adaptation quelle que soit la situation.

J'ai décidé de passer l'examen du permis moto à très exactement 40 ans. Trop vieille me direz-vous…

Peut-être…

Mais finalement, quand je regarde en arrière, je réalise que ma vie n’a été faite que de rebondissements. Alors jeune ou vieille peu importe, je vis ! La citation de Sénèque est devenue une de mes lignes de conduite "Il faut toute la vie pour apprendre à vivre".

Je ne sais pas trop comment je suis arrivée là, car je ne suis pas un fan de Rossi, je n'ai pas fait de mobylette ou scooter adolescente...Dans ma famille proche, personne n'est motard (à part mon oncle dont je vous parlerai dans un autre post, qui a certainement fait germer en moi, inconsciemment, l'amour de la moto) et je n'ai strictement aucune connaissance dans ce domaine.

 J'ai eu une enfance ordinaire, une éducation très stricte, une scolarité dans des écoles missionnaires catholiques… j’ai vécu à Madagascar jusqu’à l’âge de 25 ans. J'ai aussi exercé plusieurs métiers dans différents domaines d’activité;

Arf, cette préface me donne l’impression de rédiger un CV, qui finalement ne peut contenir toutes mes expériences professionnelles, ou plutôt mes tentatives ! C’est comme un entretien d’embauche, ce moment où tu es devant un recruteur et que tu n’as pas les mots pour valoriser ton parcours. Force est de constater qu’il est difficile de se vendre quand on a un parcours varié. Si je devais résumer mon parcours, qu’il soit personnel ou professionnel, je dirais que je suis la représentation de la citation de M. Pagnol « Tu n’es pas bon à rien, tu es mauvais à tout (!).

Ok j’ai dévié… pourquoi écrire mes expériences à moto ? Il n’y a rien d’exceptionnel, néanmoins, si ça peut encourager certaines personnes, à vaincre leur peur et à voir la vie d’une autre manière, si cela peut donner un peu d’espoir en partageant un peu  mon expérience, mes moments de galère et de bonheur, si ça peut immortaliser mes voyages par des photos et des road books, (à mon âge, l’Alzheimer n’est pas loin, lol !), … alors pourquoi pas ?

Pourquoi la moto ?

Dans mes rêves les plus lointains, régulièrement je volais tel un oiseau, admirant les montagnes, les lacs et les champs. Ces rêves sont-ils surprenants ? Ordinaires ? Je l’ignore mais vraisemblablement ils me poursuivent. Bon, je ne pilote pas un hélicoptère et on ne vole pas à moto, quoique...

La pratique de la moto me rappelle en grande partie les moments heureux de ma vie, de mon enfance. La moto m'ouvre au monde, me permet de voyager et de humer la nature. Cette nature qui me rappelle que je ne suis rien sans elle, qu'elle est indomptable. La seule contemplation des rivières, des montagnes, de la mer et tout ce qui vit dedans me rend euphorique.

La carte mémoire contenant mes souvenirs et notamment mes souvenirs d’enfance n’a jamais dû être rangée, et l’opération de recherche se révèle infructueuse dès lors que j’ai besoin d’une information précise, toutefois certaines choses restent gravées.

Toute petite déjà, j’adorais voyager.

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J’attendais impatiemment les vacances d’été, période où nos parents nous emmenaient au bord de la mer (Océan Indien) durant un mois. Nous habitions la capitale (Antananarivo*), et le lieu de villégiature se trouvait à l’Est du pays (Ambila Lemaitso).

Les photos ci-dessous ont été récupérées sur internet

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A cette époque, le train était le seul moyen de transport reliant la capitale à la côte Est. Le voyage durait près de 8 heures pour environ 200 km. ( Imaginez un peu faire 200 bornes en 8 heures à moto!!!)

La veille du départ, j’étais incapable de dormir. Mon père s’en donnait à cœur joie dans la cuisine pour préparer le pic-nic du voyage.

4h00 du matin, le réveil sonne, toute la famille finit les derniers préparatifs : les valises sont attachées avec des cordes, les plats réchauffés... Les marmites en fonte d’aluminium étaient remplies de bonnes choses et emballées dans plusieurs épaisseurs de papiers journaux pour conserver la température. 

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Marmite en fonte d'aluminium malgache

 Dans notre famille, et chez beaucoup de malgaches, il n’est pas d’usage de manger un sandwich pour le pic nic. Le repas est toujours composé de riz et de ses accompagnements (ce qui veut dire beaucoup de riz et peu de viandes/légumes).

Le jour du départ est aussi l’unique jour de l’année où mes parents s’octroient la liberté de réserver un taxi pour nous conduire jusqu’à la gare.

Le taxi nous attend à 5h00. Le départ du train est prévu à 6h00. Le voyage commence : La sirène du train annonçant le départ, le tacatac, tacatac, tacatac…, le bonheur de passer la tête par-dessus la fenêtre (je me faisais gronder régulièrement parce que c’est dangereux, branches, arbres épineux, ponts...), les échanges avec les voisins voisines pour connaître leur destination, puis il y a le paysage : les plaines, les champs, les rizières, les troupeaux de zébus, les eucalyptus, les terres rouges, les maisons en brique ou en terre , toutes ces merveilles vont défiler jusqu’à Moramanga, la grande halte pour le déjeuner. Au-delà des passagers qui montent et qui descendent du train, il y a aussi les marchands de tous âges, enfants comme adultes, qui attendent le passage du train pour vendre leurs paniers de fruits, de légumes ou autres spécialités culinaires. On profite alors de ces arrêts pour nous ravitailler en goûter et fruits. Le temps d’immobilisation à quai est suffisamment long pour effectuer quelques transactions avec les vendeurs depuis les fenêtres du train.

 

 

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Intérieur des wagons

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Après le déjeuner à Moramanga*, changement radical de paysage. Tel un serpent, le train avance entre les montagnes, traverse des tunnels. Le climat est plus humide, les arbres de voyageurs et les palmiers pointent leur nez, une forêt verdoyante remplace les champs et les rizières, les bananiers et autres arbres fruitiers bordent les voies de chemins de fer, les fougères tapissent le sol, les montagnes remplacent les plaines… la nature est tellement différente. Finies les maisons en brique, des cabanes en bois sur pilotis se dressent ici et là. Au fur et à mesure des arrêts, on entend aussi le changement des accents, les nouveaux dialectes… il y a 18 ethnies dans le pays, avec autant de dialectes. Je tends les oreilles, j’essaie de comprendre… Nous arrivons à destination aux alentours de 16h00.

 

 

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Cabane en bois tout végétal, toit réalisé avec des feuilles d'arbres des voyageurs

 

Mes parents louaient pour le mois une de ces cabanes identique à l'image ci-dessus. Comme vous pouvez le constater sur la photo, elles sont construites sur du sable, les structures ne sont donc pas très solides. Pas d’eau courante, pas d’électricité. C’était une grande pièce, destinée pour dormir / se reposer / manger, avec un grand matelas pour les parents et deux petits pour le reste de la famille, tout cela est posé à même le sol. Les repas sont servis sur une natte tressée en roseaux, également sur le plancher.  Les mêmes constructions sont reproduites dehors, avec une superficie plus réduite, pour accueillir un semblant de cuisine, ou encore des toilettes. La cuisine ressemblait à une grande niche pour chien sans porte, où l’on ne pouvait pas se tenir debout à l’intérieur, il y avait deux trépieds pour pouvoir poser les marmites, un gros caillou en guise de tabouret. Ici on ne cuisine qu’avec du bois, contrairement à Antananarivo où l’on cuisine avec du charbon de bois. En ce qui concerne les toilettes, la cabane disposait d'une porte cette fois-ci, un grand trou y était creusé, et des planches ou troncs faisaient office de plancher... cet endroit ravivait toutes mes peurs, peur de tomber dedans, peur d'une bête qui surgirait de nulle part, c'était répugnant aussi, l'odeur était insupportable, j'évitais donc d'y aller autant que possible. S'agissant de la douche, pas d'endroit spécifique, on se cachait derrière du linge étendu et le tour est joué. Tout cela sur du sable gris fin, parfois noirâtre quand il pleut. J’avais la charge de remplir un gros fût en plastique pour la réserve d’eau, en faisant des allers retours avec un seau d’eau de 20l, heureusement que le point d’eau potable n’était pas loin, à environ 50 m. Pour la lumière, ma mère avait toujours une quantité phénoménale de bougies. Un petit poste de radio FM alimenté avec des grosses piles rondes C LR14, qu’on n’utilisait que le matin et le soir, était le seul élément électrique de la cabane.

 

Cet endroit est très bien localisé, le canal de Pangalana* à l’Ouest, à 10 m de la maison, où l’on peut se baigner dans de l’eau douce, L'Océan Indien se trouve à l'Est, à quelques centaines de mètre, pour les fervents des grosses vagues. Une forêt tropicale longe la mer, il faut beaucoup de courage pour s'y balader car elle est infestée de moustique, pour autant je n’ai jamais vu une quantité innombrable d’orchidées, de plantes tropicales, d’araignées, de caméléon, de lézards… juste à côté il y a une grande plage, des vagues, des dunes, des cocotiers, …J’étais heureuse.

 

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Le canal de Pangalana vue du ciel, longeant le littoral Est

  

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Canal de Pangalana

 

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Tous les ans et jusqu'à mon adolescence, c'était pareil. Depuis, je n’ai eu de cesse de cultiver le goût pour la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles cultures.

Mon avis sur la moto:

A mon avis, la moto est un excellent vecteur de voyages, c’est synonyme de rencontres et de liberté … mais aussi de remise en question. Tout cela représente tout simplement la VIE. Evidemment, la moto n’est pas le seul moyen pour y parvenir. Mais pour les passionnés, ces moteurs sur deux-roues ne sont pas qu’un outil pratique de déplacement. La moto c’est aussi cet instinct de conquête, cet engagement dans la prise de risque, ce sont ces bonheurs simples, c’est le partage, l’entraide et la convivialité. La moto représente également cet esprit de contradiction étant donné qu’un motard est un être égoïste et solitaire (je sens que je vais me faire des amis!), tout en étant sociable et généreux envers ses semblables. Il veut être libre et indépendant mais il aime bien aussi partager sa passion, apporter son aide, son expertise.

Dans le monde de la moto, j'ai fait la rencontre de plusieurs personnes qui sont devenus des amis aujourd'hui.

Pour en finir sur cette partie:

Je suis tout d’abord une femme, une mère, une épouse.

J'ai envie d'évoquer ici l’avant permis mais surtout sa réussite (ouf !!!) et l’après-permis (les premières années, je me suis demandée si réellement la moto était un plaisir).

Mes récits, en ce qui concerne la moto, relatent mes bonheurs, mes appréhensions, mes difficultés et mes progressions à moto. Vous trouverez également quelques adresses, conseils pratiques… Mon mari, que je remercie pour toute sa bienveillance de m’avoir permis de découvrir ce monde particulier, fait partie intégrante de cette histoire. C’est lui qui apporte mon équilibre et qui me soutient pendant mes moments de doutes. Parfois on ne se comprend pas, tout simplement parce que nous sommes différents, mais nous sommes complémentaires. C’est lui mon porte-bonheur ! ce blog ne relate donc pas l’histoire d’une voyageuse solitaire.

Lexique:

Antananarivo : Capitale de Madagascar

Canal des Pangalana : ouvrage colonial construit en 1898, long de 700 km reliant Farafangana et Toamasina (Tamatave), le long du littoral Est de Madagascar

Moramanga : ville située au carrefour des routes qui relient le Centre du pays, à l'Est et Ouest.